Je suis reparti de Prague comme prévu, direction l'Autriche. J'ai décidé au dernier moment de ne pas aller jusqu'à Vienne. J'ai envie de rouler et de ne pas m'arrêter à nouveau dans une grande ville. Je fais une overdose de tourisme et puis j'aurais largement le temps d'y revenir une autre fois afin de profiter autrement de la ville. J'ai donc passé la frontière autrichienne vers Linz et atteint l'autoroute cyclable du Danube pour atteindre Passau. Il y a de chaque côté du Danube une piste cyclable particulièrement plate qui permet de progresser rapidement. A certain endroit, la piste cyclable est interrompue mais des ferry permettent d'effectuer la liaison vers l'autre rive. Seulement, certain ferrys sont en fonctionnement uniquement en été. C'est ainsi que bien heureux de trouver ma piste cyclable, je n'ai pas étudié assez précisement la carte en allemand (langue que je ne connais pas) et je me suis retrouvé en bout de piste... Un petit chemin terreux et caillouteux continuait vers un site d'escalade. Je demande ma route et on m'indique que le chemin continue, je peux l'emprunter pour retrouver la piste cyclable. C'est parti. Le chemin plat au début devient très raide en montée comme en descente, peu large et en dehors de l'itinéraire, les pentes sont très raides et se terminent directement dans le fleuve. Je pousse, je tire en faisant attention à ne pas mettre un pied de travers et finir dans l'eau 40 mètres plus bas. J'hésite plusieurs fois à faire demi-tour mais têtu comme je suis, je me dis que le chemin ne doit pas être si long... J'arrive à un passage infranchissable, même en y mettant toute mes forces, ça ne passe plus. De gros cailloux m'empèchent d'avancer. Je décide alors d'enlever mes sacoches arrière et d'effetuer deux aller-retour pour récupérer le matériel. Je décroche délicatement mes bagages tout en essayant de ne pas glisser. Je les pose contre le sentier, près d'un cailloux. Cette fois je repars mais avec un vélo allégé. Je le soulève aisément mais en même temps j'heurte une sacoche restée à terre qui commence lentement à rouler. J'hurle pour qu'elle s'arrête car je sais que plus bas, l'eau est prête à l'accueillir. Et au fait une sacoche: ça flotte ou ça coule ?? Pas le temps de me poser cette question, je me dépéche de reposer  le vélo avec précision pour que le reste de mes bagages ne prennent pas la direction du ravin puis je cours. La sacoche va plonger dans le vide et c'est dans un instant magique que je dérape et tombe sur le coté, les bras bien tendus et les mains ouvertes, saisissant ma sacoche en plein vol. Le juste moment. 1 seconde de plus aurait été de trop. Je réalise mon geste mais suis encore paniqué par ce qui m'est arrivé. Je me relève, couvert de terre, le côté droit éraflé. J'embrasse ma sacoche ! Je décide de faire demi-tour. Je retrouve mes grimpeurs autrichiens, roule 20 km dans l'autre sens, traverse un pont et récupère la piste cyclable dans l'autre sens. J'atteindrais un camping vers 19h, fatigué d'avoir tant donné et heureux de retrouver mon duvet...

J'ai continué ainsi jusqu'à Passau puis j'ai pris une autre piste cyclable qui suit l'Inn et le Salzach. J'ai traversé Salzburg et je me suis fais une petite visite nocturne. J'ai suivi l'itinéraire cyclable jusqu'aux Alpes et mon premier col. Je suis parti du camping, les jambes prêtent à affronter un très haut col. Départ de 700m pour atteindre les 2400m. La météo est grise, pluvieuse par moment. Je passe le péage pour les voitures qui souhaitent emprunter l'itinéraire et soudain la route se redresse. Elle restera ainsi pendant 25km. 12% d'effort, de sueur, de détresse. Seuls les virages me permettent de souffler un peu. Je me demande vraiment ce que je fais là. Ma folie a atteint un niveau que je ne connaissais pas. J'atteint les 2000m et continue à décompter les virages. Par moment je n'avance presque plus. Je pense même que j'irai plus vite à pied. Qu'importe, je pédale tant que j'ai de l'énergie. Je suis en tee shirt, trempé mais je fume de chaleur. Je vois les derniers virages et le mémorial d'arrivé. Je me traine jusqu'au sommet lamentablement. En haut, une fine pellicule neigeuse commence à recouvrir mon vélo. Je suis assis sur un banc, le regard vide, les bras nus. Je ne sens ni le froid, ni le chaud, je ne souffre plus. Je ne sens plus rien. Je rêve un moment puis m'habille en vitesse. Photo souvenir en haut du Glossglockner. Puis j'entame la descente. Je m'arrête dans un virage, à l'abri du vent, frigorifié. Je sors mon réchaud, boit du thé pour me réchauffer et mange pour retrouver des forces. Je repars. La descente s'éternise, je n'en vois plus la fin. Je retrouve la chaleur des fond de vallée et peux enfin enlever mes couches de vetements. Un dernier col pour terminer et plonger sur Lienz dans le Tirol, avec une vue incroyable sur les Dolomites italiennes. Je crie ma joie dans cette descente, atteint la ville et dors le regard perdu dans les parois vertigineuses.

 

Depuis 3 jours, j'ai atteint l'Italie et les Dolomites qui me font rêver depuis bientôt 1 mois. J'entame mon premier face à face avec le massif en me trainant sur une route à 14%, atteignant le pied des Tre Cime De Lavaredo. Une fois en haut, je crie mon bonheur et ma douleur. Tout est si beau, pur. C'est magnifique, encore plus que tout ce que j'avais imaginé. Je redescend et passe mon premier col italien: il passo de tre Croci. J'atteint Cortina d'Ampezzo et m'installe pour dormir. La nuit est froide, ma montre m'annonce 4°c. Au matin, une partie de ma tente a gelé mais j'ai très bien dormi. Je m'aperçois que ma roue est à plat. Je change la chambre à air et un peu après recommence et change le pneu qui aura fait son temps. Deuxième crevaison en 11 000km et premier pneu changé. Schwalbe c'est vraiment top !! Je repars finalement vers les 10h direction il passo di Falzarego puis j'enchaine sur le passo Pordoi. Il est 17h, je suis claqué. Je m'arrête dormir dans une petite auberge et me restaure avec des pizzas. Viva l'Italia !

 

Le lendemain, je repars, frais et prêt à aligner les kilomètres. Je passe le passo di Costalunga puis une descente impressionnante m'annène jusqu'à Bolzano. Je continue ma route, traverse Merano et m'enfonce dans la vallée du Tirol. Une superbe piste  cyclable à travers les vergers m'ammène jusqu'à la ville de Prad, au pied du grandiose passo del Stelvio. Aujourd'hui, je me repose et demain j'irai  affronter les 40 virages du Stelvio et atteindre la Suisse!

 

 

Mon prochain post devrait être écrit en France, au chaud, au sec, confortablement installé. Plus que quelques cols et quelques jours avant de retrouver la frontière française.

 

Le bout du voyage approche mais l'aventure ne sera jamais finie...