Assis sur une chaise, au chaud, le regard absorbé par les sommets du massif du Mont blanc lorsque ma tête se relève, je m'engage pour partager une nouvelle fois ces kilomètres laborieux dans les Alpes.

Au pied du col mythique du tour d'Italie (le Giro), j'ai récupéré l'énergie nécaisse pour m'engager dans cette dernière partie alpine. Au matin, l'air est frais, le Soleil pointe le bout de son nez et quelques rayons parviennent jusqu'à ma tente. Les rayons font briller la rosée présente dans l'herbe et aucun nuage ne semblent perturber ce ciel limpide.

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Aujourd'hui je sais que mon corps va souffrir, mes jambes vont me supplier d'arrêter et ma tête sera ailleurs, perdu dans les sommets alpins qui se dressent autour de moi. Je m'engage sur cette route et après quelques kilomètre un compagnon cycliste me rejoint. Nous discutons et décidons de monter ensemble. J'aperçois le premier virage numéro 48... cela me laisse reveur. Le montée s'engage et nous avalons les virages en prenant un certain plaisir à regarder les chiffres qui diminuent, nous rapprochant du sommet. Pitt, équipé de son VTT sans sacoche, avance un peu plus vite que moi mais prend le temps de m'attendre et nous progressons ainsi, à vitesse constante pendant la montée. Les derniers virages s'enchaînent et je vois apparaître le sommet du col. L'odeur des paninis et des saucisses qui cuisent au bord de la route me donnent l'eau à la bouche mais avant de me restaurer, je franchis les derniers mètres qui me séparent du panneau du col et crie ma rage et ma victoire. Mes jambes ont tenu, la tête était forte et le paysage exceptionnel. Je suis si heureux d'avoir monté ces 1800m de dénivelé et vraiment surpris d'y être arrivé. Je quitte Pitt qui s'en va un peu plus haut faire une descente en VTT et je poursuit ma route en descente cette fois-ci. Je me restaure et m'engage dans le second col: passo di Foscagno. La montée est régulière et les kilomètres défilent jusqu'au derniers virages qui me demandent de puiser dans mes réserves. Je sens que mes jambes ont donné ce qu'elles avaient, désormais c'est tout le corps qui subit. Au sommet, je passe une frontière pour rester en Italie mais atteindre Livigno, petite ville où tout est détaxée. Un dernier col (passo d'Eira) me demandera un ultime effort pour trouver une endroit où dormir.

Au lendemain, le ciel se voile, mais je continue mon enchainement alpin. C'est en premier le passo di Foscola di Livigno que j'avale en petit déjeuner puis j'enchaine en atteignant le col de la Bernina. Le brouillard épais m'enveloppe et je commence à claquer des dents. Je tremblote et m'habille en vitesse pour m'engager dans la descente. Entre deux virages, la couverture nuageuse se déchirent et le pic Bernina, sommet de 4000m tant désiré par de nombreux alpinistes, apparaît. Amoureux de la montagne, je contemple cette face inhospitalière parsemé de roche, glace. Une légère couche neigeuse saupoudre le tout, je reste un moment, fasciné.

Désormais, je suis en Suisse et m'attaque à un dernier col l'Albulapass pour terminer ma journée. Je croise quelques cyclo-voyageur car la route que j'emprunte est un itinéraire balisé pour des randonnées à vélo.

Le lendemain, le temps est instable et la route humide par les averses nocturnes. Je m'engage dans cette vallée des Grisons qui m'amène jusqu'à une première difficulté l'Oberalppass. Je rattrape un jeune de 14 ans lancé à l'assault de ce très beau col. Il s'accroche et nous progressons ainsi jusqu'au sommet. Nous parlons un moment puis m'engage dans la descente de l'autre coté sous une pluie torrentielle. Je n'ai pas eu le temps de sortir mes habits imperméables et je suis completement trempé. Il fait froid mais heureusement l'averse est localisé sur le sommet du col et dès les premiers virages en descente, sèche avec le vent et la vitesse. J'arrive en bas frigorifié... J'atteint le pied de mon second col de la journée: le Furkapass. La Suisse possède un réseau de train qui permet de placer les voitures, camions, bus sur les trains afin de traverser ces cols alpins. Du coup, la route est très agréable et il y a très peu de circulation. Cependant le temps devient très mauvais et la pluie me suivra pendant les 5 derniers kilomètres. La descente est interminable. Armée de moufle, cagoule, surpantalon et veste, je combat le froid alpins qui me transperse. Mes mains raidies par le froid restent agrippées au freins. De l'eau s'infiltre dans mes vetements, tout mon corps se tort et tremble de froid. J'atteint finalement un petit hameau où je trouve une auberge pour me réchauffer sous une bonne douche.

Ensuite, J'ai progressé dans cette Suisse Valaisanne sous un temps plutot triste atteignant Martigny. Puis, le lendemain matin, j'ai attaqué mon dernier grand col de la Forclaz. Le Soleil pointait le bout de son nez et chaufffait les vignes présentes sur les pentes de la vallée. Les souvenirs de cette montée que régulièrement je venais affronter en vélo de route me reviennent en tête. Puis je retrouve enfin la frontière française après plus de 6 mois d'aventure cycliste. Je m'arrête, descend du vélo et contemple ce drapeau qui flotte au sommet. La France s'ouvre devant mes yeux. Je suis submergé par la joie de toucher le territoire français.

Encore quelques kilomètres en Haute Savoie et quelques cols à franchir puis j'atteint Chambéry accompagné de Robin, qui était parti quelques jours avec moi au début de l'aventure. La place des Éléphants (lieu de mon départ) apparaît. Je frissonne, et dans ma tête, défilent les images de mon départ. La boucle est bouclée. Je n'imagine toujours pas avoir fait tout ce chemin à vélo, cela reste quelque chose d'impossible à mes yeux. Pourtant j'ai tant d'images en tête, tant d'émotion.. Mon départ semblait être il y a quelques semaines mais l'aventure que j'ai vécu, si riche, semble avoir durée pendant plusieurs années...

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